
Dimanche 27 mars, un jeune coureur érythréen (Intermarché Wanty Gobert Matériaux, Belgique) entre dans la lumière du cyclisme mondial en gagnant la Classique Cycliste de Gand-Wefelgem, en Belgique, une épreuve comptant pour la World Tour. Très peu de parieurs auraient misé sur ce coureur discret et sobre. A 25 km de l’arrivée il choisit de se mettre dans un petit groupe d’échappée particulièrement rapide. Il est en 4° position. Dans les derniers mètres de la course il lance son sprint. Il ne s’arrêtera pas avant d’avoir franchi en vainqueur la ligne d’arrivée sous les flashes des caméras qui le mettent sous les lumières de la célébrité.
Un « inconnu » pas si inconnu
Biniam Girmay, que beaucoup de médias présentent comme un coureur « inconnu » a été plusieurs fois champion du continent africain. Il était médaillé d’argent, au niveau mondial, de la Course des Espoirs.
Mais c’est en 2020 qu’il commence une carrière professionnelle, hors du continent africain, en étant recruté dans l’équipe française Delko. Il s’est fait remarquer en fin de saison en gagnant la Classic Grand Besançon avant de confirmer la saison 2021 par un succès fin janvier à Majorque. Un Erythréen qui gagne une course cycliste, ce n’est surtout pas du hasard, car l’Erythrée est la terre d’excellence du cyclisme africain.
Le cyclisme, une passion érythréenne amenée par les Italiens
A partir de 1935, des dizaines de milliers de colons italiens viennent s’installer en Erythrée, dans le cadre d’une colonisation de peuplement encouragée par la dictature de Mussolini. Ces colons amènent dans leurs bagages nostalgiques un sport populaire en Italie : le cyclisme.
L’Erythrée a vécu la plupart du temps dans l’isolement dû à ses guerres contre l’Ethiopie : d’abord la guerre de l’indépendance (1961- 1991), puis une deuxième guerre de 2 ans (1998-2000) mais dont les négociations de paix dureront jusqu’en 2018… L’Erythrée est restée relativement à l’écart du continent africain à cause de la dictature terrible de Issaias Afeworki, qui détient le record de longévité. Cependant, contre toute attente le cyclisme amené par les Italiens s’est développé de manière spectaculaire en Erythrée ou des courses cyclistes sont organisées toutes les semaines. Comme le cinéma pour le Burkina Fasso, le cyclisme est devenu la vitrine de L’Erythrée, avec des coureurs de grande notoriété, comme Daniel Teklehaimanot, Natnael Berhane et Mekseb Debessay. Ce succès cycliste est aussi l’oeuvre des femmes comme Mossana Debessay, qui n’est autre que la soeur de Mekseb Debessay, dans une famille qui ne compte pas moins de 4 cyclistes… Les cyclistes érythréens ont remporté quatre des cinq derniers titres individuels aux championnats d’Afrique.
Une réussite prometteuse pour le cyclisme africain
Encore ébloui par les flashes affamés de nouveauté de la presse présente, Biniam Girmay s’exprime avec espoir et modestie : « Cela va changer beaucoup de choses pour mon avenir et celui des coureurs africains. » Il dédie sa victoire à son pays et au continent africain. En novembre 2021 le journal sportif l’Equipe titrait : »Comment le Rwanda est devenu le paradis africain du vélo ». Un pays africain de cyclisme peut en cacher un autre. Derrière l’Erythrée, avec un palmarès africain impressionnant mais desservi par un régime politique devenu infréquentable, il y a le Rwanda qui a été choisi pour un évènement mondial, Les Mondiaux Route, en 2025. D’autres pays organisent de mieux en mieux leurs parcours nationaux : le Sénégal, la Côte d’Ivoire, l’Egypte, la Tunisie. Le Burkina Fasso faisait partie de ce groupe de pays mais une certaine instabilité a fait craindre pour la sécurité de tels évènements. Néanmoins plusieurs pays d’Afrique organisent de mieux en mieux leurs organisations de courses cyclistes.
Source : Rafael LUCAS Kaddu Diaspora Média

