10 h du matin, vendredi 7 avril. La directrice du Monde Diplomatique, Anne-Cécile Robert définit les contours et les enjeux de l’événement puis en fixe le cadre, une organisation autour de trois tables rondes : une le matin (Dialoguer autrement) et deux l’après-midi (« Relations économiques », puis « La nouvelle géopolitique »).

Replacer l’Afrique au cœur de l’agenda mondial
Le ton est donné pour cette édition parisienne des Gingembres de Continent Premier (initié en mai 2019 à Genève), qui a pour titre (RE) FONDER le lien EUROPE-AFRIQUE, Réflexion sur le Dialogue des Civilisations et la Place de l’Afrique dans le 21 ème siècle, à l’initiative de Gorgui Wade Ndoye et la collaboration de Anne-Cécile Robert, directrice du Monde Diplomatique. Comme le déclarait Gorgui Wade Ndoye dans son interview à Kaddu Diaspora Média le vendredi 07 avril 2023 « Gingembre a pour ambition de replacer l’Afrique des idées, en dehors des clichés et des stéréotypes déstabilisateurs, au coeur de l’agenda mondial. C’est un concept qui se décline en Gingembre littéraire, économique, politique etc., selon les thématiques abordées et les personnalités invitées. » Pour ce qui est des personnalités invitées, les organisateurs avaient privilégié la variété des thèmes et un panel international de spécialistes reconnus : hommes politiques, journalistes, diplomates, historiens, économistes, juristes, philosophes, écrivains et le think thank Wathi.

Sans langue de bois ni langue de coton
Ensuite l’attention de l’Auditorium du Monde Diplomatique, plein à ras bord, est de nouveau captée par le discours introductif du chef d’État du Niger, Mohamed Bazoum, dans son boubou à la blancheur impeccable.
Là où l’on s’attendrait à une parole de type « présidentiel », naviguant prudemment entre les consensus, l’intervention du président suscite rapidement l’intérêt, par ses constats empreints de justesse, sans langue de bois ni langue de coton.

L’ Afrique est au coeur de l’Europe
« L’ Afrique est au coeur de l’Europe » affirme le président nigérien en plaidant pour un « co-développement » de préférence à la situation « asymétrique », qui se traduit en Afrique sahélienne par la désertification, le déficit d’infrastructures routières, médicales et scolaires. Ce déséquilibre, d’après Mohamed Bazoum, se transforme en pression migratoire africaine en direction de l’Europe. A propos des migrations subsahariennes dont le sort est peu enviable en particulier en Tunisie et en Libye, le journaliste Akram Belkaïd a fait remarquer, sans développer sa pensée « qu’on fait jouer un mauvais rôle aux pays arabes du Nord de l’Afrique ». Selon Mohamed Bazoum les migrations africaines ont pour résultat la montée du racisme et des mouvements d’extrême-droite européens. Il faudrait cesser, continue-t-il, de voir l’Afrique « uniquement comme un réservoir de main d’oeuvre et de matières premières ». L’Europe gagnerait en misant plutôt sur une dynamique de complémentarité : elle contribuerait à la formation de nombreux jeunes Africains tout en s’ouvrant de nouveaux marchés. « L’Europe a naturellement intérêt à coopérer au développement de l’agriculture et à la scolarisation des filles en Afrique subsaharienne » poursuit-il.
Expurger le refoulé colonial et repanser la relation Europe-Afrique
L’idée même de la refondation des rapports supposait de réfléchir sur des relations vraiment nouvelles, qui ne pourraient passer sous silence les siècles d’esclavage, les décennies de la colonisation et la réalité de nombreux déséquilibres euro-africains.
Pour l’ex-ministre des Affaires Etrangères sénégalais Tidiane Gadjo, ne pas voir ces déséquilibres serait faire preuve de « cécité géopolitique ». Il enfonce le clou en disant qu’il faut « expurger le refoulé colonial » et se débarrasser de » l’unilatéralisme à prétention universelle. »

L’idée « d’expurger » se retrouve également dans l’intervention de l’écrivain camerounais Eugène Ebodé, qui après avoir mis en évidence la prégnance d’idées racistes chez de grands philosophes comme Hegel et Kant, plaide pour une dynamique de réparation, de restitution de patrimoine artistique, dans un « esprit d’égalité », mot que Jean-Martin Jampy (Teranga Sûreté) remplace par « horizontalité ». Eugène Ebodé ajoute la nécessité d’une « clause de revoyure » dans le cadre d’un « contrat post-racial ». Quant à l’historien sénégalais Ibrahima Thioub, il développe l’idée des « liens toxiques » longtemps entretenus par l’esclavage. Selon lui « la décolonisation n’a pas effacé le caractère toxique des liens coloniaux ». Il faudrait, en réalité, « réhumaniser » les relations eurafricaines, après avoir « réévalué cinq siècles de capitalisme ». Il ajoute aussi « la restitution économique » à la restitution artistique à laquelle Sally Alassane Thiam a consacré une étude intitulée Mon combat pour le patrimoine africain (Ed. Michel Lafon).
Il fallait probablement exprimer ce passif négatif des relations euro-africaines, afin de mieux « repanser » (le terme est de Makane Moïse Mbengue) avant de « repenser » ces relations.

Des partenariats très inégaux
Les deux tables rondes de l’après-midi sont consacrées à l’économie et à la géopolitique. Du point de vue économique, les interventions ont montré l’écart entre de nombreux organismes bilatéraux TBI : (Traités Bilatéraux d’Investissements), APE (Accords de Partenariat Economique) et les réalités des échanges inégaux entre l’Europe et l’Afrique. Pour le Professeur Makane Moïse Mbengue le but principal des TBI « est de protéger les investissements européens ». Par ailleurs, selon lui, la réalité « des communautés économiques régionales africaines » est celle « d’approches fragmentaires ». Il pense en outre qu’il faut « sortir du consensus de Washington » notamment « de la privatisation à outrance et de la dépendance des produits manufacturés venus d’ailleurs. » C’est peut-être dans l’économie que les différences ou les disparités euro-africaines sont les plus visibles, en termes d’infrastructures, de capitaux et de marché intérieur. En ce qui concerne les capitaux, Jean-Martin Jampy trouve que « l’argent est beaucoup trop cher en Afrique » et que cela facilite « la circulation des capitaux illégaux et de l’argent mal acquis. »
Le professeur d’économie Massimo Amato (Université de Milan) note que dans le domaine énergétique il existe une complémentarité dynamique car l’Afrique dispose de certaines matières dont l’Europe a besoin. Parmi les absents thématiques des interventions il y avait le secteur informel, très important dans l’économie quotidienne en Afrique, et le rôle crucial de la diaspora dont ont parlé Christine Holzbauer et Tidiane Gadjo qui en fait la « sixième région de l’Afrique. »
L’africanisation du monde
Dans son discours de clôture, le professeur SuleYmane Bachir Diagne, paraphrasant peut-être le titre L’Occidentalisation du monde, de Serge Latouche (Ed. La Découverte, 1989) parla avec enthousiasme de « l’africanisation du monde ». Il fit une synthèse des différentes thématiques de la journée en rompant avec l’afropessimisme et en prônant une appropriation positive des valeurs et des dynamiques africaines. Pour cela dit-il, il faudra « soigner nos démocraties malades » et promouvoir la vitalité de nos cultures.
Pour écouter l’intégralité du discours de Souleymane Bachir Diagne cliquez ici
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Auteurs : Rafael Lucas – Moussa Diop – Kaddu Diaspora Média (Kaddu Diaspora Média)

Merci nous sommes D ‘accord pour poursuivre l ‘appropriation, l d’adhésion aux pensées de Mr Ousmane SONKO qui nous parle de renégociation des termes de nos échanges, de redistribution des ressources pour l’équité l’égalité , la justice et la restauration des valeurs comme le respect de la parole donnée : je suis féministe je suis d’accord merci