
Sénégal – Dakar – Mermoz
Entretien : Samedi 18 octobre 2025, l’université Cheikh Anta Diop de Dakar a rendu hommage au professeur Alioune Badara Fall*, Agrégé de Droit Public à l’ Université de Bordeaux, au cours d’une cérémonie réunissant collègues, étudiants et proches. Un moment de reconnaissance fort, saluant un parcours académique et une contribution importante dans la recherche juridique. C’est pourquoi Kaddu Diaspora Média s’est intéressé, au-delà de ses compétences reconnues et sa légitimité en tant que juriste, à l’humanité du professeur Fall. Une humanité qui résonnait comme une symphonie dans les discours et témoignages. Une démarche pour notre média de lui exprimer, comme tant d’autres, toute sa reconnaissance.

de l’université Cheick Anta Diop, Pr Maurice Soudieck Dione
Pouvez-vous, en des mots accessibles pour ceux qui ne sont pas juristes, nous expliquer ce que l’on entend par la notion de « Mélanges » ?
Alioune Badra Fall : J’ai eu l’honneur d’être célébré lors d’une cérémonie organisée pour moi, au cours de laquelle mes collègues de l’université Gaston Berger de Saint-Louis, de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, ainsi que ceux de l’université de Bordeaux m’ont remis un Mélange en signe de reconnaissance. Les « Mélanges » représentent, dans le milieu universitaire, la distinction majeure offerte à un professeur de droit au moment de son départ en retraite ou à l’approche de cette étape. C’est justement cette marque d’honneur que j’ai reçue à l’université C’est donc un ouvrage réunissant des articles rédigés par des collègues de Bordeaux, du Sénégal, d’Afrique et d’ailleurs. Il témoigne, d’une certaine manière, de la carrière que j’ai accomplie, du travail que j’ai mené et de ce que je considère comme bénéfique pour mon pays, pour le monde et tout particulièrement pour l’Afrique. Je suis venu recevoir ces ouvrages avec joie, devant sa famille, car cette remise s’inscrit dans une belle tradition : on offre ces livres devant ses proches, ses amis et devant les étudiants. C’est un moment profondément émouvant.
Selon votre ressenti personnel, quels ont été les moments les plus marquants, sur le plan émotionnel, de cette cérémonie empreinte d’affection, de sympathie et de reconnaissance de la part des organisateurs et du public ?
ABF : L’un des moments les plus marquants de cette cérémonie a été de retrouver mes anciens étudiants, certains venant de Dakar, d’autres de Bordeaux. J’ai été profondément touché par leurs paroles et leurs marques de reconnaissance. En tant qu’enseignant, voir ses anciens étudiants réussir après avoir suivi le même parcours que soi procure une joie immense. C’est, je crois, le rêve de tout enseignant, et j’ai eu le bonheur de le vivre à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, là même où j’ai entrepris mes études de droit. Ce fut une expérience particulièrement forte et émouvante. Beaucoup de mes anciens étudiants présents m’ont surpris par leur dévouement : plusieurs ont fait le déplacement depuis Paris, le Brésil, la Côte d’Ivoire, la Guinée, et d’autres villes du Sénégal. Vous me permettrez d’évoquer une participation qui me va aussi droit au coeur. Il s’agit de celle de Walber Moura de Agra, professeur et avocat brésilien qui est un ami engagé. Il avait d’ailleurs introduit un recours qui a abouti à l interdiction définitive de l’ex-président Jair Bolsonaro de ne plus jamais se présenter à l’élection présidentielle au Brésil. On a été aussi dans un groupe d’avocats qui défendaient l’ex président Evo Morales pour sa candidature à l’élection présidentielle en 2024. J’ai aussi retrouvé des amis de mes premières années d’études — ceux avec qui j’ai partagé la première, la deuxième et la troisième année, la maîtrise et le DEA (Diplôme d’Etude Approfondie) — venus me témoigner leur amitié. Certains ont poursuivi des chemins différents, comme l’ENA (Ecole Nationale d’Administration) ou la diplomatie, tandis que j’ai choisi l’enseignement. Les voir tous réunis pour me rendre hommage fut un moment d’une intensité rare, un souvenir inoubliable que j’ai eu la chance de vivre entouré de ma famille et de mes proches.

Pr Alioune Badara Fall, agrégé de Droit Public
Cette mobilisation intergénérationnelle observée lors de la remise des Mélanges ne traduit-elle pas les valeurs humaines que vous entretenez dans vos relations personnelles et professionnelles ?
ABF : Vous savez, ma philosophie de vie n’est pas centrée sur le matériel. Mon entourage, mes amis le savent bien. Pour moi, la véritable richesse, la plus profonde, c’est la relation humaine. J’aime vivre en paix avec chacun et être présent lorsqu’une personne a besoin de moi. Je considère cela comme une valeur essentielle dans notre société, sans doute héritée de mes parents et de ma famille à travers l’éducation que j’ai reçue. Si je parais ouvert et disponible, comme vous le dites, ce n’est pas une posture réfléchie : c’est ma nature. Mais il faut aussi reconnaître le rôle de l’éducation familiale, celle de mes parents et de mes grands-parents, qui m’ont transmis cet esprit de solidarité et de paix avec les autres. C’est quelque chose de très important à mes yeux, un sujet dont je parle souvent. Nos traditions recèlent des valeurs précieuses qu’il faut préserver, car ce sont elles qui nous construisent et nous permettent de vivre ensemble harmonieusement.
Vous êtes professeur agrégé, et malgré tout l’héritage familial qui est le vôtre, vous demeurez une personne disponible et accessible. Ce trait est d’autant plus remarquable que le culte de la personnalité est souvent très présent chez l’être humain, et peut-être davantage encore dans nos sociétés africaines.
ABF : Je pense que c’est quelque chose qui fait partie de moi, dont je ne peux pas me départir. Je rends grâce à Dieu de me donner la force de continuer. Tant que j’en aurai la capacité, je resterai toujours disponible. Vous savez, je crois qu’un enseignant est, par nature, prédisposé à être ouvert et à aller vers les autres. Il s’adresse à un jeune élève, à un étudiant, et ce faisant, il sait que celui-ci a besoin de lui : besoin de connaissances, d’assistance, de conseils, de dialogue. C’est peut-être cela aussi qui a façonné ma personnalité. Je peux vous dire que je suis profondément heureux dans les relations humaines de ce type. J’aime les gens, la paix, l’amitié et la solidarité. Je me sens véritablement épanoui lorsque je suis entouré de personnes qui m’aiment et que j’aime en retour. Je tiens à remercier Kaddu Diaspora Média, un média basé à Bordeaux, qui s’efforce constamment de mettre en lumière les actions des acteurs des diasporas. La preuve en est : même étant absent lors de la cérémonie, vous avez trouvé un moyen de venir me rencontrer à Mermoz, à Dakar. Je vous en suis très reconnaissant.
* Professeur Alioune Badara Fall est membre du LAM (Les Afriques dans le monde) – Ancien Directeur du Centre d’études et de recherches sur les droits africains et sur le développement institutionnel des pays en développement (LAM-CERDRADI) – Rédacteur en chef de la revue électronique « Afrilex »
Credits photos : KDMédia, Alioune Badara Fall
Auteur : Moussa Diop, Kaddu Diaspora Média
