Artiste plasticien, griot, musicien, chercheur universitaire, Bocar Niang est invité par le Confort Moderne de Poitiers, pour y présenter l’exposition NIO FAR, qui veut dire : « on est ensemble ». Il s’est confié à Kaddu Diaspora Média.

Qu’est-ce que vous avez voulu montrer et révéler dans Nio Far ?
Bocar Niang : Dans cette exposition, j’ai mis en avant la pratique autour de l’installation de textiles qui sont suspendus dans les espaces du Confort Moderne. Sur les textiles on a des mots en Wolof et en français : des mots de paix, de sérénité et de sagesse.

Qu’est-ce qui vous a inspiré pour le choix du baby-foot ?
B N : Le Baby-foot est un des supports de l’installation. Les joueurs sont des sculptures de personnages que j’ai réalisées, il y a 2 ans, à l’occasion de ma résidence à la Villa Médicis, à Rome. C’est ce travail qui est présenté aujourd’hui au Confort Moderne à Poitiers. Quand je vivais à Tambacounda j’avais un Baby-foot devant la maison familiale. J’ai toujours considéré les joueurs du baby-foot comme étant autres que des joueurs sportifs. J’ai toujours pensé qu’il pouvait être écrivains, littéraires, philosophes ou un élément de la nature comme un arbre.

En fait il y a plusieurs choses qui sont inspirantes, qui ont joué un rôle important sur le quotidien des sociétés et des communautés. Et je pense que cela m’avait frappé. Moralement, j’avais envie un jour de réaliser cette œuvre. C’est comme un rêve qui se réalise aujourd’hui. C’est tout naturellement que j’ai eu l’inspiration de faire mettre en scène sur le baby des personnages qui m’inspirent. Ce sont est des personnalités dont j’ai lu les œuvres dans le cadre de ma thèse de doctorat en recherche création.
Je travaille aussi beaucoup sur les écrits sur ces gens-là, leur éthique, leur façon de penser, de voir et de questionner aussi.
De quand date cette production ?
BN : C’est une production récente qui est présentée dans le cadre de cette exposition. Notamment le deuxième baby-foot qui est là juste derrière à ma gauche et qui est un œuvre unique. Sur le mur vous voyez un peu les croquis des personnages. Je dessine les têtes, je les modélise et je les peins. J’ai ensuite fait le montage avec beaucoup de collaborateurs.
Qui sont ces personnages ?
B N : Parmi ces personnages on a Barbara Kassa qui est une personnalité française qui a beaucoup écrit pour défendre l’oralité, la philosophie. Je pense qu’elle n’est pas mal connue sur la scène française européenne ou africaine. Il y aussi un arbre qui représente le baobab sur la terre africaine. On sait que le baobab est un arbre sacré. On a aussi Rosa Park, Martin Luther King, Angélique Kidjo, Nelson Mandela et d’autres personnalités marquantes.
Quelle est la place des griots dans l’expo ?
B N : Dans la seconde partie de l’exposition vous avez un espace dédié à la parole des griots. Il y a un film qui a été réalisé sur l’expression griotte.

Les griots qui s’y expriment parlent de la formation, de la transmission orale qui se fait de famille en famille, de génération en génération. Les griots africains sont des compteurs, des poètes, des historiens. L’idée est donc de les valoriser. Chaque fois qu’on parle des griots et on oublie les griottes. C’est pourquoi sur cet espace le micro leur est ouvert.
Tamba et les griots, c’est une vieille histoire ?
B N : Tambacounda, qui est ma ville natale, est une ville où les griots et griottes ont une place visible. Et quand on parle des Griots, on parle de l’Afrique. On voit ainsi dans le rétroviseur du musée qui sera à Tambacounda l’ensemble des pays africains réunis autour de la question de l’oralité. Cet espace de l’exposition est aussi un espace dédié à la mémoire des griots, de l’Afrique et l’universalité de l’oralité.
